Tshisekedi tend la main à Kagame pour une "paix des braves"
vendredi 10 octobre 2025
Par Joseph Apolo
Lors du Global Gateway Forum organisé par l’Union européenne, le président congolais Félix Tshisekedi a surpris l’auditoire en lançant un appel direct à son homologue rwandais Paul Kagame, l’invitant à « faire la paix des braves » pour mettre fin au conflit qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo.
Devant les chefs d’État et les partenaires internationaux réunis à Bruxelles, Tshisekedi a affirmé n’avoir « jamais été belliqueux » envers le Rwanda, tout en dénonçant le soutien présumé de Kigali au mouvement rebelle M23. Il a suspendu son plaidoyer pour des sanctions européennes contre le Rwanda, en attendant une réponse de Kagame.
« Je tends la main au président Kagame. Qu’il ordonne à ses troupes de quitter le sol congolais, et nous pourrons envisager une paix durable », a déclaré Tshisekedi, saluant au passage les efforts des troupes de la SADC engagées dans la région du Kivu.
Pour un grand nombre d'observateurs congolais, cette déclaration de Tshisekedi n'a fait qu'élargir la liste de ses incohérences au point qu'on a du mal à comprendre sa vision de défense pour la République Démocratique du Congo. Tantôt c'est Kabila qui est pointé du doigt par Félix Tshisekedi comme patron de l'AFC/M23, tantôt c'est le président rwandais Paul Kagame.
La réaction du Rwanda ne s’est pas fait attendre. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a qualifié cette main tendue de « cinéma politique », accusant Kinshasa d’avoir détourné un forum de coopération pour régler des comptes diplomatiques.
Paul Kagame, quant à lui, a réagi de manière sibylline sur le réseau X (ex-Twitter), évoquant « le bruit d’un bidon vide » et appelant à « laisser couler ou s’en éloigner ».
Malgré les tensions, des pourparlers sont attendus à Doha entre Kinshasa et les représentants du M23, mais les espoirs de beaucoup de congolais se sont déjà amenuisés du fait de la longue durée qu'a déjà pris les négociations. Alors qu'en même temps, sous la médiation du même État du Qatar qui en est médiateur à la crise congolaise, la crise dans la bande de Gaza semble avoir connu, dans un laps de temps, des avancées significatives contrairement à celle congolaise. Le président angolais João Lourenço, médiateur du processus de paix de Luanda, a été cité comme témoin des efforts de conciliation.
Tshisekedi a également conditionné tout accord économique avec le Rwanda au retrait de ses troupes du territoire congolais, affirmant que « la paix ne peut être achetée au prix de la souveraineté ».
La situation reste à suivre.
