Une autre tension entre la RDC et le Rwanda autour des données géologiques du lac Kivu
mardi 10 juin 2025
Par Joseph Apolo Msambya
La tension est loin de baisser entre Kinshasa et Kigali. Alors que le Rwanda venait recemment de se retirer de la CEEAC, l'accusant de rouler au profit du dictat de la RDC, c'est le tour de cette dernière de hausser le ton face à Kigali en le sommant de lui transmettre les études géologiques menées sur le lac Kivu, une richesse naturelle partagée entre les deux pays. Selon Africa Intelligence, la RDC bénéficie du soutien d'un cabinet parisien dans cette mission.
Pour rappel, la République Démocratique du Congo et le Rwanda partagent en commun le lac Kivu qui contient le gaz méthane et la rivière Ruzizi sur laquelle est érigée le barrage hydro-électrique Ruzizi 1er, desservant la RDC, le Rwanda et le Burundi en courant électrique. Un projet d'exploitation commune de ce gaz méthane a toujours existé entre ces deux pays pendant que les activités ont depuis longtemps débuté du côté rwandais sans que cela le soit du côté congolais. Alors que Kigali a entrepris des explorations approfondies, Kinshasa dénonce un manque de transparence qui pourrait masquer une volonté d’accaparement unilatéral. Pour la RDC, le Rwanda doit partager les données des études géologiques qui lui ont permis d'amorcer ces travaux car, ces données sont stratégiques du fait qu'elles permettront d’évaluer la capacité réelle d’extraction, les risques environnementaux et les retombées économiques pour chaque pays riverain. En plus, l’accès à ces données est un acte de souveraineté et un préalable à toute discussion sur une exploitation équitable des richesses partagées.
Au cœur de ces enjeux énergétiques, un autre projet attise les tensions : le barrage de Ruzizi III. Propriété à hauteur de 20 % de TotalEnergies, cet ouvrage hydraulique en projet sur la rivière Ruzizi – qui relie le lac Kivu au lac Tanganyika – s’est peu à peu imposé au centre des débats dans les négociations de paix. Symbole des espoirs de développement régional, mais aussi des rivalités économiques, Ruzizi III incarne les ambitions contradictoires de coopération et de captation des ressources naturelles dans une région en crise.
Les multiples facettes que commence à présenter ce conflit entre ces deux pays voisins risquent d'annihiler tous les efforts de paix dans la région en cours de négociation, la réponse du Rwanda à cette sommation pourrait bien définir la trajectoire des prochaines relations bilatérales.
