L’armée sensibilise les femmes au patriotisme face à la crise dans le Kivu, à Lubumbashi
vendredi 9 mai 2025
Moïse Kashala, Lubumbashi
Dans un contexte de crise sécuritaire majeure, la vingt-deuxième région militaire de la République démocratique du Congo a organisé, le mercredi 7 mai, une conférence à Lubumbashi visant à sensibiliser les femmes au patriotisme et à leur rôle dans la résolution des conflits. Cet événement s’est tenu dans la salle plénière du nouveau siège de l’Assemblée provinciale et a rassemblé des femmes issues de diverses couches sociales, témoignant de la volonté d’impliquer l’ensemble de la communauté dans ces enjeux cruciaux.
La présence notable du vice-gouverneur Martin Kazembe Shula et du président de l’Assemblée provinciale, Michel Kabwe Mwamba, a souligné l’importance que les autorités locales accordent à cette initiative. Michel Kabwe Mwamba a déclaré : «?Sensibiliser la femme à l’amour de la patrie, c’est toucher toute la nation?», mettant ainsi en lumière leur rôle fondamental dans la transmission des valeurs patriotiques aux générations futures. Toutefois, cette stratégie de ciblage des femmes soulève également des interrogations. Certains analystes s’interrogent en effet sur le risque que cette approche perpétue des stéréotypes de genre, en réduisant les femmes à un rôle de simples vectrices de valeurs, plutôt qu’à celui d’actrices à part entière, engagées dans la construction de la paix et la réconciliation.
L’intervention du général de brigade Eddy Kapend Irung, commandant de la vingt-deuxième région militaire, a été particulièrement remarquée, saluée comme un moment fort de la conférence. Son engagement patriotique a été mis en avant, bien que sa figure demeure controversée en raison d’un passé complexe qui suscite, au sein de la population, à la fois admiration et réserves. Cette ambivalence illustre qu’une figure militaire, même perçue comme héroïque par certains, peut également raviver des souvenirs douloureux pour d’autres.
Un autre moment marquant de la conférence a été le témoignage poignant de Djuma, survivant de la guerre d’agression de 1999-2000. Son récit a offert une perspective humaine et bouleversante sur les ravages du conflit, mettant en évidence la nécessité de privilégier le dialogue plutôt que la guerre. Si son appel à l’apaisement a profondément résonné, il convient néanmoins de s’interroger sur l’efficacité de tels témoignages. Peuvent-ils, à eux seuls, catalyser un véritable changement d’attitude au sein de la population et encourager une résolution pacifique des conflits dans l’est du pays??
Dans le cadre des efforts de l’armée pour galvaniser le patriotisme auprès des habitants du Haut-Katanga, il est essentiel de réfléchir aux méthodes de sensibilisation employées. La construction d’une paix durable et inclusive exige que toutes les voix soient entendues, en prenant en compte les réalités et les expériences vécues par chaque groupe de la société. L’inclusion des femmes dans ces discussions ne doit pas se limiter à une approche paternaliste, mais être envisagée comme un levier indispensable pour bâtir une société plus harmonieuse et résiliente.
