Les explications d'Horatiu Potra sur le retrait des instructeurs roumains et les failles du front à Goma
vendredi 16 octobre 2026
Par Byobe Malenga
En date du 27 janvier 2025, lors des événements ayant mené à la prise de Goma par le M23, la situation des instructeurs et militaires privés engagés aux côtés des FARDC a suscité de vives interrogations. Les images largement diffusées montrant Hora?iu Potra et ses hommes se rendant ont alimenté de nombreux débats. Mais au-delà des séquences médiatiques, que s'est-il réellement passé sur le terrain avant, pendant et après ces événements ?
Afin de recueillir sa version des faits, votre journaliste Byobe Malenga a mené une démarche d'investigation de plusieurs mois. Il a obtenu un entretien exclusif avec Hora?iu Potra, chef du contingent des instructeurs militaires roumains en République démocratique du Congo.
Sous contrat avec l'État congolais, l'ancien militaire de la Légion étrangère française sort du silence après le désengagement de ses hommes. Tout en rejetant la responsabilité de la dégradation sécuritaire au Nord-Kivu sur son groupe, il dresse un constat critique sur le fonctionnement interne des Forces armées de la RDC (FARDC).
Un repli vers la MONUSCO pour « éviter un massacre civil »
Revenant sur la dynamique des événements autour du chef-lieu du Nord-Kivu, Hora?iu Potra soutient que la mission confiée à son groupe se limitait strictement à la formation des troupes régulières et à la protection de leurs propres installations.
Selon ses déclarations, l'abandon progressif des lignes de défense par certaines unités de l'armée régulière début 2025, couplé à des tirs essuyés sur leurs positions au nord de la ville, aurait contraint ses effectifs à se replier vers la base locale de l'ONU. Potra affirme que ce mouvement visait à prévenir d'importantes pertes humaines et à éviter des combats urbains au milieu des populations civiles.
« La perte de Goma n'était pas due à notre retrait. Avec ou sans nous, elle serait tombée de toute façon », avance le chef instructeur, estimant que l'encerclement de ses hommes était imminent face à la progression des troupes adverses.
Solde, logistique et moral : un diagnostic sévère du commandement
Au-delà des aspects tactiques, Hora?iu Potra pointe du doigt ce qu'il qualifie de failles structurelles majeures au sein de la chaîne de commandement des FARDC, lesquelles auraient affaibli le moral des combattants :
1. Rémunération insuffisante.
Le responsable indique avoir suggéré d'augmenter la solde des soldats déployés sur la ligne de front afin de maintenir leur engagement, une recommandation restée sans suite.
2. Déficit logistique et absence de rotation
De nombreux militaires seraient restés positionnés sur les lignes avancées pendant plusieurs mois sans ravitaillement adéquat. Selon lui, ces privations auraient poussé certains éléments à troquer ou vendre une partie de leur équipement individuel pour subvenir à leurs besoins vitaux.
3. Éloignement familial prolongé.
L'affectation d'unités originaires de régions éloignées, parfois maintenues sur le théâtre des opérations pendant plusieurs années sans permission, aurait incité des soldats à installer leur famille à proximité des zones de combat, altérant leur capacité opérationnelle.
Pour pallier ces carences, l'instructeur affirme avoir préconisé une politique de rotation systématique et un recours accru aux troupes originaires de la région.
Lecture du rapport de forces et équipements engagés
Analysant l'évolution du conflit, Hora?iu Potra attribue la progression des forces du M23 et de leurs alliés rwandais à une organisation structurée et à l'accès à des équipements de pointe, citant notamment l'usage de mortiers guidés par GPS, de missiles sol-sol à guidage optique, de systèmes antiaériens et de technologies de brouillage électronique.
Des accusations d'alliances ou de compromis démenties
Interrogé sur d'éventuels liens avec le groupe paramilitaire russe Wagner, Hora?iu Potra dément catégoriquement . « Jamais. Même en Roumanie, on m'accuse d'avoir été à la solde de Wagner en Centrafrique ou ailleurs. Comme pour le M23, je le répète : je n'ai jamais rencontré quiconque de Wagner. J'aurais apprécié échanger des expériences professionnelles, comme cela se fait dans le domaine de la sécurité, que ce soit avec Wagner, Blackwater ou d'autres. Mais je n'ai jamais eu de contact. Nous sommes l'association RALF, composée d'anciens militaires roumains et moldaves de la Légion étrangère. Il n'y avait ni Russes ni Ukrainiens parmi nous à Goma. »
Questionné également sur les rumeurs de transactions financières ou d'arrangements avec les parties au conflit, il rejette ces accusations :
« C'est faux. Concernant le M23, je n'ai jamais discuté avec quiconque avant les événements de Goma et le franchissement de la frontière vers le Rwanda. La seule chose que je peux dire, c'est que du côté des instructeurs, les autorités rwandaises ont été correctes. Elles auraient pu nous arrêter et nous incarcérer, mais il n'y a eu aucune négociation financière. Nous n'avons rien payé. »
Une vision géopolitique personnelle du conflit
Invité à partager sa grille de lecture sur l'avenir de la région, Hora?iu Potra met en avant une approche axée sur les enjeux économiques et le partage des ressources minières :
« Dans une relation ou un partenariat, il faut que chaque partie trouve son compte pour éviter les tensions. Pour que les pays de la région s'entendent, les équilibres économiques doivent être préservés. Si des partenaires internationaux négocient l'accès aux ressources sans inclure l'ensemble des acteurs régionaux, les blocages persistent. »
L'ancien instructeur livre son interprétation personnelle des perspectives politiques régionales, évoquant le risque de voir s'installer des formes d'autonomie administrative de fait, guidées par des intérêts économiques internationaux autour des gisements de coltan et de cobalt. S'agissant des recommandations destinées aux autorités congolaises, il estime que la voie de la négociation reste essentielle, bien que complexe à mettre en œuvre.
