Georges Weis et le mythe des « Banyamulenge » : quand l’histoire orale se heurte aux archives coloniales (Analyse)
vendredi 11 septembre 2026
Par Joseph Apolo
Depuis plusieurs semaines, le nom de Georges Weis est brandi sur les plateaux télévisés de Kinshasa comme une preuve de l’existence des « Banyamulenge » dès 1881 au Sud-Kivu. Pourtant, une lecture attentive de son ouvrage intitulé : 'Le pays d’Uvira (1959)' révèle une tout autre réalité. Weis, géographe belge, n’a jamais mentionné ce terme dans ses recherches menées entre 1956 et 1959. Il parle exclusivement des « Ruanda » ou « Ruandais », populations venues du Rwanda, qu’il distingue clairement des Congolais plus anciens tels que les Vira, Nyindu, Fuliro, Bembe et Rega.
Dans ses enquêtes de terrain, Weis rapporte les propos des Ruanda eux-mêmes, certains affirmant être arrivés en 1881 ou 1884, d’autres bien plus tard, entre 1930 et 1954. Mais ces dates ne reposent que sur des témoignages oraux, sans aucune source écrite. Les archives coloniales, notamment le recensement de 1908-1909, ne mentionnent ni Hutu, ni Tutsi, ni « Banyamulenge » parmi les tribus du Kivu. Weis lui-même reconnaît les limites méthodologiques de son travail, réalisé sans bagage cartographique ni données statistiques fiables.
Ce constat est crucial : les affirmations attribuant aux « Banyamulenge » une présence ancienne au Congo reposent sur une confusion volontaire. Weis ne les cite jamais, et lorsqu’il évoque les Ruanda, il les considère comme étrangers au sol congolais. C’est d’ailleurs pour cette raison que les ordonnances Bisengimana de 1971-1972 leur ont octroyé collectivement la nationalité zaïroise.
« Si ces populations avaient été Congolaises dès l’indépendance, pourquoi aurait-il fallu une telle mesure légale? », s'interroge le Professeur et Avocat à la Cour Blaise Eca Wa Lwenga, qui a apporté toute une lumière sur cet ouvrage de G. Weis tant évoqué lors des débats, dans son papier qu'il a intitulé: « Le pays d'Uvira: que dit exactement Georges Weis au sujet des Banyamulenge »
En définitive, l’œuvre de Georges Weis ne confirme pas l’existence des « Banyamulenge » en 1881. Elle met plutôt en lumière la fragilité des sources orales face à la rigueur des archives coloniales. La vérité historique impose de distinguer les récits transmis par les intéressés eux-mêmes des preuves documentées, afin d’éviter que l’histoire ne soit instrumentalisée au service de discours politiques contemporains.
