Même en l'absence des leaders de la société civile arrêtés, la ville morte décrétée a été largement observée. Qu'est-ce qui expliquerait cette dynamique? (Analyse)
lundi 17 août 2026
Par Joseph Apolo
La tension continue à persister entre la société civile de Baraka et les autorités provinciales du Sud-Kivu autour du paiement des taxes sans qu'aucune contrepartie gouvernementale ne soit palpable. Ils contestent l'opération de bouclage instauré par le Gouvernement provincial du Sud-Kivu consistant à un recouvrement forcé des taxes auprès des transporteurs et autres opérateurs économiques. Leur refus a été motivé par le non-respect des engagements du gouvernement provincial qui devrait procéder au pavage de 6Km de routes en ville de Baraka, installer 1000 lampadaires, le versement de 30.000$US comme première phase du montant dû à la rétrocession provinciale ainsi que la construction du micro-barrage de Malekya comme promis par le Gouvernement provincial du Sud-Kivu. Cette entente entre la société civile et le Gouvernement provincial avait été conclue lors d'une précédente opération de bouclage et qu'une partie de fonds collectés devrait être affectée à ces projets susmentionnés, chose qui n'avait pas été réalisée par le Gouvernement provincial. La situation a conduit à l'arrestation de six animateurs de la société civile en date du 14 août, dont le Président du Bureau de coordination de la société civile et le Vice-président de la FEC, et leur transfèrement précipité vers Uvira où ils croupissent sous les geôles de la police.
Tenant mordicus à sa lutte, la société civile de Baraka a décrété trois journées ville morte à partir de ce lundi 17 août en protestation à ces arrestations jugées arbitraires et en réclamation de la libération sans conditions de leurs leaders. Avec ou sans réseaux de télécommunications et connexions Internet coupés pour plus d'un mois déjà, même en l'absence des leaders de la société civile arrêtés, la ville morte décrétée a été largement observée. Peut-on conclure que les leaders de la société civile sont plus influents que les autorités étatiques? Qu'est-ce qui expliquerait cette dynamique?
Pour répondre à ces préoccupations, la RNA-News a reçu Josaphat Musamba, Chercheur-analyste basé au GEC-SH sur les questions de groupes armés, de la conflictualité et de la sécurité dans les grands lacs africains, qui nous livre sa lecture. Pour lui, pour expliquer les tendances actuelles, il est préférable de prendre en compte les dimensions suivantes :
- Les liens entre les leaders de la société civile et les acteurs politiques actuels.
La mairie de Baraka est actuellement dirigée par des autorités locales proches de l’UDPS. Si ces dernières n'ont pas les mêmes appuis en termes de légitimité, celle de la société civile est largement reconnue et repose sur une légitimité locale. De ce point de vue, les acteurs politiques des zones opérationnelles tiennent à imposer la volonté des politiques et des chefs militaires de la région. Cependant, ces options ne peuvent pas les aider indéfiniment.
2. Fizi et Baraka comme secteur opérationnel tactique
Par ailleurs, si le territoire de Fizi et la ville de Baraka sont inclus dans le secteur opérationnel tactique, il faut savoir que les rapports entre militaires et civils sont parfois tendus. Il est préoccupant pour les autorités de considérer les acteurs de la société civile comme des menaces, alors qu'ils devraient plutôt harmoniser leurs points de vue avec les services de renseignements (services de sécurité de la ville de Baraka).
3. Coupure des réseaux mobiles et de la connexion Internet
Bien que les tensions soient montées entre la société civile et les autorités locales, ce contexte est le plus observé dans certaines entités de la région des Grands Lacs. Cependant, sur le plan stratégique, les raisons liées à la guerre technologique ont primé sur l'option d'interruption de la connexion dans la ville de Baraka et le territoire de Fizi. Selon certaines sources, les parties en conflit, notamment les FARDC et leurs alliés d'une part, et les rebelles de l'AFC/M23 et leurs alliés d'autre part, misent actuellement sur ces réseaux pour des raisons d'espionnage électronique et pour cibler les infrastructures militaires afin de neutraliser leurs dispositifs de combat.
Dans quelle mesure harmoniser les points de vue entre la société civile, les autorités locales et les services de sécurité (renseignements militaires et civils affectés aux commandements des opérations contre le M23 dans le territoire de Fizi) ?
Les points de vue ne peuvent être harmonisés qu'à travers un dialogue citoyen permanent, à travers lequel chaque partie devrait rendre compte, a-t-il conclu.
Entre-temps, les acteurs de la société civile arrêtés ont été présentés au Parquet près le Tribunal de Grande Instance d'Uvira où ils sont entrain d'être auditionnés l'un après l'autre.
